Un très bon article de Jean Michel Lamy, du journal Le Nouvel Economiste, explique le principe du dividende qui est la rémunération du capital. Baudoin Prot, directeur général de BNP Paribas, y donne la répartition du PNB (produit net bancaire) de BNP Paribas. Pour 100 euros de CA 2005, la répartition est la suivante : 36 euros pour les salariés, 20 pour les fournisseurs, 12 pour l’Etat, 12 pour les actionnaires, 20 pour l’investissement.
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Posté le 19/03/2007 | commentaires >>>
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A date fixe, fin février, éclate la querelle sur les profits excessifs des compagnies pétrolières. C’est vrai aux Etats-Unis, pour Exxon, en France pour Total. Cette année, les banques, Société générale et BNP Paribas en tête, ont été logées à même enseigne. A chaque fois l’acte d’accusation est rédigé sur le même mode : les bénéfices augmentent bien moins que les dividendes et infiniment plus que les salaires moyens – dans une proportion de un à trente. Les chiffres valent démonstration. Les entreprises du CAC 40 devraient au titre de 2006 distribuer, selon les estimations, quelque 38 à 40 milliards d’euros de dividendes pour un montant global de bénéfices avoisinant les 100 milliards d’euros. L’équivalent du déficit budgétaire annuel de l’Etat. Du point de vue strictement comptable, il suffirait que le CAC fasse partie intégrante du patrimoine public de l’Etat pour que le seul versement des dividendes efface l’ardoise annuelle des comptes ! Pure abstraction. En campagne électorale, aucun postulant n’oserait défendre la juste rémunération de la prise de risque par un actionnaire apporteur de capitaux.
Des candidats hémiplégiques
Le personnel politique français, droite et gauche confondues, reste hémiplégique. Autant la « valeur travail » fait recette dans les meetings, autant la « valeur capital » reste cachée. Les candidats à l’Elysée veulent bien s’aventurer sur le terrain du travail, sous la condition que soit maintenu un périmètre de sécurité autour du capital… Deux facteurs de production plutôt qu’un seul ont beau être nécessaires à la création de richesses, nul ne veut le savoir. Il aura été salué comme une preuve de « modernité » que Ségolène Royal déclare que « l’inventivité des entrepreneurs doit être reconnue ». Rien en revanche sur les mécanismes de financement ou les besoins de capitaux des entreprises. Si ce n’est la proposition quatre du Pacte qui stipule : « donner la priorité à l’investissement des entreprises avec un taux d’impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s’il est distribué aux actionnaires ».
Dans tous les cas, il s’agit de punir, ou si l’on préfère, de taxer le capital. La difficulté de l’exercice tient à sa mobilité bien plus grande que celle du travail. L’Allemagne vient d’en prendre acte en choisissant d’alléger le taux de l’impôt sur les sociétés en contrepartie d’une hausse de la TVA – perçue sur une consommation par définition fixée à l’intérieur des frontières. En France, les leaders politiques préfèrent dénoncer la concurrence fiscale déloyale plutôt que de prévoir l’adaptation du système d’imposition à la réalité de l’Union européenne ou l’organisation politique susceptible de décider l’harmonisation des taux d’IS dans le cadre communautaire.
L’argent des retraités
Ce renoncement laisse la place à un débat national, forcément conflictuel, sur la rémunération du capital. Il se focalise sur les quarante entreprises du CAC qui réalisent à 80 % leurs profits à l’étranger, en particulier sur les marchés émergents à forte croissance, et non en France. Leur actionnariat est globalement détenu de 45 à 50 % par des investisseurs étrangers : les hedge- funds sont loin d’être prédominants, il s’agit principalement de fonds de pension américains gérant avec placidité l’argent qui leur est confié par les retraités. Que la France ne se décide enfin à alimenter son propre Fonds de réserve des retraites (logé auprès de la Caisse des dépôts et consignations), doté d’à peine une trentaine de milliards d’euros ! Avec un matelas aussi dérisoirement plat, il n’est pas question de miser sur le placement en actions : l’équilibrage de la répartition du portefeuille deviendrait trop périlleux. Voilà comment la France continue de repousser dans le temps l’éducation des citoyens-futurs-retraités à la prise de risque en capital et à sa contrepartie financière. C’est pourtant la justification première de la rémunération de l’action, qui n’est rien d’autre qu’une anticipation aléatoire de bénéfices futurs. Contrairement au niveau du salaire, son montant peut varier fortement. De plus, c’est un marché ouvert. « Personne n’a jamais été empêché d’acheter des actions », souligne-t-on à BNP Paribas. De les vendre non plus. D’où l’autre fonction du dividende, qui a pour objectif de fidéliser les détenteurs d’actions, et de compenser les trous d’air des cours de Bourse. Le dividende participe de l’ordre économique par son rôle d’amortisseur des à-coups de marché ou de résultats.
Un rendement moyen de 3 % et un taux de distribution de 40 % des bénéfices
Le taux servi est-il trop élevé ? Avec un rendement moyen de 3 %, les entreprises du CAC 40 sont en phase avec leurs homologues. Rien d’étonnant : le marché est concurrentiel. Le raisonnement s’applique aussi à la part consacrée aux dividendes dans le total des bénéfices, en l’occurrence le taux de distribution est de l’ordre de 38-40 %. De quoi laisser une marge de manœuvre appréciable pour le désendettement ou l’investissement interne ou externe. Voici l’exemple d’une grande banque du CAC. Le 15 février dernier, le directeur général de BNP Paribas annonçait le versement d’un dividende de 3,10 euros par action, en augmentation de 19,2 % sur l’année précédente. Au même moment, les syndicats CGT et FO dénonçaient un salaire moyen en hausse de 1,3 %. Que vaut la comparaison ? Pour 100 euros de chiffre d’affaires 2005, la répartition du PNB de BNP Paribas est la suivante : 36 euros pour les salariés, 20 pour les fournisseurs, 12 pour l’Etat, 12 pour les actionnaires, 20 pour l’investissement. La clef idéale de répartition n’existant pas, les proportions énoncées semblent correspondre à un ordre économique sinon harmonieux du moins rationnel. Sauf accident particulier, il est applicable à l’ensemble du CAC. De plus, les dirigeants du CAC ont pris l’habitude de développer l’actionnariat salarié. A BNP Paribas, le capital détenu par le personnel représente 5,4 % du total – la participation et l’intéressement s’échelonnant par salarié de 4 696 euros à 12 732 euros pour l’année 2006. Un complément injectable directement dans l’économie, quand l’Etat lève l’obligation de gel des fonds sur cinq ans. Il reste que les dividendes sont le plus souvent réinvestis au lieu d’être consommés, c’est la faille du système financier actuel.
Par Jean-Michel Lamy
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© Le nouvel Economiste - n°1378 - Du 8 au 14 mars 2007
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